ALCA* – Agence livre, cinéma et audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine, site de Limoges

* Née de la fusion d’Écla, du Centre régional du livre en Limousin 
et du Centre régional du livre et de la lecture en Poitou-Charentes

haut_critiques

Feuilles reçues / Critiques archivées de Rougerie éditeur


La Ville secrète

La Ville secrète
,
de Guénane,
Rougerie éditeur, 2011,
84 pages, 13,00 euros,
ISBN : 978-2-85668-166-4.

La ville secrète, cachée dans nos cœurs et faite d’émotions, de souvenirs et d’interactions entre le passé et le présent, c’est cette ville qui nous appelle à travers le titre de ce recueil de courts poèmes. Pourtant, la ville décrite dans ce livre n’est pas que métaphorique. Les images peintes par les strophes dénoncent la guerre, la violence et l’oubli qui opèrent dans la construction de la mémoire collective. Face à la tristesse de cette poésie, on s’interroge sur la vie et les expériences de l’auteur qui ont inspiré ces vers déchirants.
Aussi intriguant que les paroles, le style des poèmes touche le lecteur. Bien qu’il n'y ait qu'un seul poème par page, souvent les thèmes de la page de gauche semblent couler sur la page de droite. Et même si la poésie est écrite en vers libres, les sonorités des mots choisis rythment les lignes et leur donnent de la cohésion.
Ce nouveau recueil de poésie de Guénane pousse à réfléchir et à regarder le passé avec honnêteté pour pouvoir avoir un meilleur avenir.



Litanies de la mer

Litanies de la mer
,
de Saint-Pol-Roux,
précédé de Pour une cathédrale du verbe,
par René Rougerie
Rougerie éditeur, 2010,
64 pages, 21,00 euros,
ISBN : 978-2-85668-158-9.

Éditeurs patients et fidèles de l’œuvre du poète Saint-Pol-Roux (1861-1940) depuis près de quarante ans, René et Olivier Rougerie offrent ici aux lecteurs l’édition en fac-similé du manuscrit des Litanies de la mer, livret d’un grand poème polyphonique, sorte d’opéra verbal où les mots remplacent les notes de musique, opéra donné une seule fois en 1927 par deux cent cinquante pêcheurs de Camaret. Cette « cathédrale du verbe » est essentielle dans l’œuvre du poète dont le dessein grandiose était bien de faire sortir son œuvre du livre : « Le livre est un cercueil », disait-il.
Ce projet des Litanies de la mer concentre l’ensemble des préoccupations du poète : le Verbe est enfin incarné, et par les humbles (les pêcheurs de Camaret), les pêcheurs dialoguent avec l’océan au milieu de la tempête. Les thèmes privilégiés de l’auteur de La Dame à la Faulx, l’amour, la mort, l’espoir et la vie s’entremêlent sous la forme d’une symphonie à laquelle Saint-Pol-Roux donne un caractère sacré par la succession des prières, des oraisons et les simples « Ainsi soit-il » finaux.



Traces pour le silence

Traces pour le silence
,
de Pierre Bacle,
Rougerie éditeur, 2008,
65 pages, 12,00 euros,
ISBN : 978-2-85668-148-4.

Après son premier recueil qui nous avait séduits — L’Orée d’une parole, chez le même éditeur —, nous découvrons avec plaisir et intérêt le nouveau livre de poèmes de Pierre Bacle, bibliothécaire bellachon, plus épais et de facture plus « classique », disons plus habituelle chez Rougerie. Le poète laisse ici, dit-il, des traces pour le silence — peut-être pour ponctuer de vers la postérité, désormais incarnée pour lui en une petite enfant qu’il aime à contempler ensommeillée, avec sa mère.
Ce silence, c’est peut-être aussi un secret de saison : une saison de mémoire endolorie (l’enfance ne s’achève pas ; la fontaine des jours enfuis), une vie dérobée pour un seul matin, des idées de départ à jamais reporté — la vie même est silencieuse, qui hésite entre les phares du grand large et les lanternes des morts familières. L’hiver et la neige venus, le cœur semble de laine et s’effiloche ; la mélancolie sourd ; la difficulté d’écrire le poème migrateur sur un mince carnet interroge. La partition est inachevée, les évidences s’effondrent. À quoi sert la langue matrice ? Le poème réussira-t-il à conjurer un mauvais rêve, à étancher le chagrin ? Il faudrait savoir reprendre racine. Alors, peut-être, le calme du matin sera-t-il comme une entaille de lumière transfigurant le quotidien.
Le cœur du poète s’est fait presqu’île. Il doit décrypter le brouillard de signes et délivrer des mots pris au piège, mais la ponctuation l’amuse : guillemets, parenthèses, dont il se joue. Il marche et voudrait écrire le ciel. Le passé tarde à s’effacer et les fantômes persistent. L’apaisement est un combat pour échapper aux enfers. Il est cependant possible, grâce à une berceuse sublime, grâce aussi à l’amoureuse.
Il est temps, alors, d’un retour à l’automne — ce moment d’une fête triste dans le cœur qui se couvre d’une écume mélancolique. Le poète doit se faire alors sentinelle, rechercher encore et encore les mots qui feront de la route entreprise une nouveauté, malgré le caillou dans la botte. La meurtrissure des échardes toujours finit par se transformer en cicatrice. Il faut aller de l’avant, sur la page et dans la vie, savoir dire kenavo, rêver de la mer couleur émeraude des créoles (Karukera), la mer agrandissant toujours le paysage, il faut savoir partager le vin fou, sous un pommier en fleurs.
Pierre Bacle poursuit sa quête et confirme ici sa vocation et son talent de poète dans l’esprit des aînés de Rochefort et d’ailleurs, à l’orée du lyrisme, par petites touches impressionnistes.
(Critique réalisée par Laurent Bourdelas, extraite de l'émission radiophonique Tendances, diffusée sur RCF Émail-Limousin).



Cheminements, passages

Cheminements passages
,
de Christian Viguié,
Rougerie éditeur, 2007,
88 pages, 13,00 euros, ISBN : 2-85668-131-X.

Ce cinquième recueil de Christian Viguié chez l’éditeur de Mortemart nous confronte de nouveau avec une apparente simplicité aux éléments : le ciel, la pierre, l’eau. Cependant, Viguié titille aussi notre rapport au monde. Au-delà d’un dernier opus à l’arbre et à l’oiseau, le recueil questionne le poème, l’écriture, le mot et leur place dans ce monde :
« On peut voir le poème
comme une pomme sur la table
pomme que l’on verrait pour la première fois ».



Jour au-delà

Jour au-delà
,
de Gérard Bocholier,
Rougerie éditeur, 2006,
78 pages, 13,00 euros, ISBN : 2-85668-126-3.

Avec ce dix-huitième recueil de poésie, en trente ans d’écriture et de critique littéraire (la bonne et exigeante revue ARPA, dont il est directeur, publie cet automne son quatre-vingt-dixième numéro !), Gérard Bocholier a choisi une certaine noirceur pour accompagner son retour chez Rougerie éditeur :
« Nos yeux s’emplissent
De feuillées d’encre
Le cœur tendu
Vers ce qui gronde
Gorge éraillée
Par ce qui rampe »
Un rapide coup d’œil à la table des poèmes donne le ton : Dans ma prison, Confiance à la nuit, Une blessure
Pour autant, l’auteur, authentique poète, distingue encore le « Jour au-delà »… Ces textes représentant sans doute une manière aussi pudique que clairvoyante de dire le monde qui nous entoure :
« Noblesse nous dit-on
Rois de déréliction
Taupes couronnées ».



Nouvelles du temps

Nouvelles du temps
,
de Camille Sansterre,
préface de Michel Besnier,
Rougerie éditeur, 2006,
64 pages, 11,00 euros, ISBN : 2-85668-122-0.

« La poésie de Camille Sansterre donne un plaisir de reconnaissance et un plaisir de découverte, inséparablement mêlés comme les composantes d’une saveur, âcre et fruitée. » (Michel Besnier, extrait de la préface)
Recueil fort et dense, Nouvelles du temps tranche avec fermeté dans ce qu’on appelle « la poésie du quotidien ». Le verbe est haut et audacieux, « Le corps est une punition à copier cent ans ».



Une belle au Bois dormant

Une belle au Bois dormant
,
de Jean-Jacques Kihm,
Rougerie éditeur, 2006,
87 pages, 12,00 euros, ISBN : 2-85668-124-7.

Comme il le fait pour Saint-Pol-Roux, Rougerie éditeur continue patiemment et avec ténacité d’éditer l’œuvre de Jean-Jacques Kihm (1923-1970), avec le soutien de l’Association des amis de Jean-Jacques Kihm et la Médiathèque de l’Agglomération troyenne (Aube) et le concours de la Maison du Boulanger — Centre culturel de Troyes.
Une belle au Bois dormant estune pièce de théâtre en trois parties montée en 1963 au Festival de Troyes.
Pour faire mieux connaissance avec cet auteur, on pourra utilement se référer à l’essai biographique de Claude Chevreuil paru chez le même éditeur en 2000 :
Jean-Jacques Kihm ou la passion maîtrisée
.



Propos notés en ramassant des aiguilles de pin

Propos notés en ramassant des aiguilles de pin
,
de Gaspard Hons,
Rougerie éditeur, 2006,
73 pages, 12,00 euros, ISBN : 2-85668-121-2.

Gaspard Hons a pris des notes lors d’une résidence d’auteur à Rome. Il nous offre ces propos, sortes de maximes poétiques plaisantes, drôles, graves et toujours surprenantes. Entre pensées philosophiques et jeu sur les mots, l’auteur marche sur son fil :
« ne viens qu’une fois, si tu reviens tu oublieras la première
je m’accroche à la surface, mais je vis
en dessous ».



Le Corps étoilé

Le Corps étoilé
,
d'Ingrid Auriol,
Rougerie éditeur, 2006,
66 pages, 12,00 euros, ISBN : 2-85668-120-4.

Après plusieurs publications en revues, Ingrid Auriol publie ici son premier recueil, une plongée dans un corps en exil.
Les poèmes qui constituent ce recueil sont extrêmement variés, limpides parfois, complexes souvent. Le corps désirant est-il douloureux en l’absence de l’amant ? Les souvenirs passés ont-ils marqué ce corps ? L’ensemble est surprenant, touchant, d’une grande diversité de style, de ton, de thème.