ALCA* – Agence livre, cinéma et audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine, site de Limoges

* Née de la fusion d’Écla, du Centre régional du livre en Limousin 
et du Centre régional du livre et de la lecture en Poitou-Charentes

haut_critiques

Feuilles reçues / Critiques archivées des Presses de l'ENSSIB


L'Avenir des bibliothèques : L'exemple des bibliothèques universitaires

L'Avenir des bibliothèques : L'exemple des bibliothèques universitaires
,
sous la direction de Florence Roche et Frédéric Saby,
Presses de l'ENSSIB
(Collection « Papiers / État de l'art »), 2013,
224 pages, 34,00 euros,
ISBN : 979-10-91281-13-3,
ISSN : 2111-0212.

Personne ne doute (?) que les bibliothèques aient un avenir indépendamment de celui du livre, ou du moins veut-on y croire ; mais on se demande sans cesse de quoi il sera fait. Il s'agit ici des bibliothèques universitaires (BU), dont les conditions d'existence, d'insertion et de définition ont notablement changé depuis quelques années, non seulement en raison d'une mutation générale de la lecture, des technologies, des supports (en quoi leur problématique est la même que celle des bibliothèques de lecture publique, avec lesquelles elles peuvent être amenées à collaborer), mais singulièrement en raison des évolutions récentes de l'université.
La direction de l'ouvrage a été confiée à Florence Roche et à Frédéric Saby, du SICD (Service inter-universitaire de coopération documentaire) des universités de Grenoble-2, en collaboration directe avec l'ENSSIB.
L'ambition, conforme à l'orientation de la collection, est ici « d'avoir une approche théorique du sujet, c'est-à-dire centrée sur les enjeux, les causes et origines du problème, permettant à chacun de tirer les conclusions opérationnelles qu'il souhaite, en fonction de son propre contexte local [décentralisation et autonomisation obligent]. À la liste des services et outils […] a été préférée la dimension réflexive, celle-ci permettant d'adapter […] les outils dont la durée de vie est courte. » (Introduction, p. 10).
La France, si elle conserve quelques spécificités (diplômes sacro-saints, clés d'accès obligées à la vie active : entrée à l'université sans sélection), n'est pas seule à avoir introduit récemment une réforme radicale des études universitaires. Pour les BU, deux points essentiels sont à relever : premièrement, la loi relative aux Libertés et responsabilités des universités (LRU, août 2007), amenant le passage des universités aux Responsabilités et compétences élargies (RCE) entre 2009 et 2012 ; deuxièmement, la disparition de la Sous-direction des bibliothèques, remplacée par une Mission de l'information scientifique et de la documentation. Ainsi était franchi un nouveau pas – aboutissement en quelque sorte du décret fondateur de 1985 fondant les Services communs de documentation (SCD) – dans la définition de ces derniers comme services relevant de plus en plus de leur université en collaboration directe, et de moins en moins de l'État. Parallèlement, la structure des études universitaires s'est trouvée bouleversée par la semestrialisation et le LMD, nouvelle organisation des études caractérisée par le morcellement, la demande d'une documentation synthétique et rapide. Cette nouvelle donne, avec l'explosion du document numérique, frappe d'obsolescence certains des services traditionnels des BU, précédemment centrés sur les collections. La question est alors d'opérer cette mutation tout en s'adaptant à un public dont les pratiques, à l'heure de Wikipédia et du Web 2.0, « se situent plus spontanément dans le champ de l'information que dans celui du savoir ». Étant acquise la nécessité d'un décentrage des collections vers les publics, dans un contexte de bouleversement des formes de la documentation, des pratiques de recherche et de la sociologie des publics à l'université, un lien nouveau doit être créé, qui conditionnera l'existence à venir des BU. À travers cet ouvrage, les bibliothécaires des universités sont amenés à s'interroger sur le sens de leur action, envisagé, à partir d'expériences précises, sous les angles principaux des services au public, des bâtiments (et de l'avenir de la BU en tant que lieu à l'heure de l'information délocalisée), de l'évaluation de l'activité (comptes à rendre à l'université et non plus seulement à l'État par l'ESGBU : Enquête statistique – annuelle – générale des BU), et enfin des pratiques professionnelles et du métier (ou plutôt des métiers, héritiers d'une histoire nationale toujours prégnante) à redéfinir et à adapter en permanence (centralisation accentuée du traitement documentaire). Parmi ces questions, celle du lieu est évidemment centrale, avec son corollaire consistant à définir la compétence attendue des personnels, dont le cœur de métier est défini ici (p. 210) comme la « capacité à créer du lien » dans le domaine de la documentation universitaire.
Clairement prospectif, cet essai s'adresse à tous les directeurs et professionnels, quel que soit le type d'établissement. Il interroge les bibliothécaires de l'université sur le devenir de leurs professions et sur la plus-value apportée à la communauté nationale. Il intéressera à ce titre un lectorat plus large, soucieux de comprendre la place qu'occupe aujourd'hui la bibliothèque dans la construction du savoir.



Faire connaître et valoriser sa bibliothèque : Communiquer avec les publics

Faire connaître et valoriser sa bibliothèque : Communiquer avec les publics
,
sous la direction de Jean-Marc Vidal,
Presses de l'ENSSIB
(« La Boîte à outils » n°27), 2012,
180 pages, 22,00 euros,
ISBN : 979-10-91281-02-7,
ISSN : 1259-4857.

La Collection « La Boîte à outils » de l'ENSSIB (École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques) consacre son vingt-septième opus à la communication des bibliothèques. Ce sujet a déjà été abordé par deux fois. D'abord en 2001, sous le titre Concevoir des documents de communication à l'intention du public, sous la direction de Marielle de Miribel (« BAO » n°12, épuisé et sans doute déjà obsolète), ensuite, plus récemment, sous le titre Communiquer ! : Les bibliothécaires, les décideurs et les journalistes (« BAO » n°21). Le point d'exclamation marquait déjà (avec un peu d'ironie ?) la nécessité impérative de la communication pour les bibliothèques, sommées, entre autres institutions culturelles, de se définir (et même de se redéfinir en permanence face aux évolutions du livre et de la société), de se faire connaître et de compenser leur caractère non « spectaculaire » – souligné ici dès l'introduction (ou « Mode d'emploi ») – par une priorité donnée désormais à cet aspect de leur activité. La cible est à nouveau le public, ou « les publics », tant ils sont divers, témoignant de l'effort des bibliothécaires en direction d'un panel d'usagers de plus en plus large, sans oublier ceux qui ne fréquentent pas les bibliothèques – qu'ils en soient empêchés, absents ou indifférents.
Le directeur de publication (ici Jean-Marc Vidal, conservateur à la Bibliothèque municipale de Grenoble), conformément aux attendus de la collection, fait « dialoguer l'analyse et le retour d'expérience », au fil de quatre grandes parties : I – « Publics, outils et stratégies » ; II – « Inventer pour changer son image » ; III – « Du guide du lecteur aux réseaux sociaux » ; IV – « Coopérer pour communiquer ». Les auteurs sont majoritairement des conservateurs directeurs de bibliothèques ou des collaborateurs, quelques spécialistes en matière de communication et un sociologue, Claude Poissenot, qui figurait déjà parmi les contributeurs du n°21. Celui-ci ouvre le ban en posant d'entrée la nécessité de « modifier l'image de la bibliothèque ». De ce premier intitulé on aura inféré implicitement l'existence d'une mauvaise image a priori des bibliothèques françaises ; les différentes parties de son article ensuite proposent aux bibliothécaires d'aujourd'hui de communiquer non seulement « auprès des scolaires », « avec des professionnels », en leur offrant un service de « veille personnalisée », ou encore « sur les renseignements pratiques », ce qui n'est pas d'une grande nouveauté, mais aussi « sur la bibliothèque comme lieu du groupe », « avec les chargés de l'approvisionnement familial », « avec les individus en construction », et plus généralement de « repenser leurs relations avec les populations qu'elles desservent », ce qui semble effectivement avoir été le souci commun des études présentées dans le corps de l'ouvrage. La suite de cette première partie est confiée successivement au directeur de la publication Jean-Marc Vidal, à propos du « nom de la bibliothèque » (bibliothèque ou médiathèque, puis comment la nommer en fonction du public concerné) ; ensuite à la notion de « plan de communication », par Raphaëlle Bats (ENSSIB – Relations internationales) ; enfin à un premier retour d'expérience, celui de la BU (Bibliothèque universitaire) d'Angers dont on se souvient notamment qu'elle reçut le Prix des bibliothèques de Livres-hebdo en 2012, généralement décerné à des bibliothèques de lecture publique. Les BU sont donc tout autant concernées que leurs homologues de la FPT (Fonction publique territoriale) par ces questions de la culture et de la communication – bien que non rattachées au ministère éponyme ; on les retrouvera dans la troisième partie à propos des réseaux sociaux, présentés successivement dans le cadre des bibliothèques publiques et dans celui des BU. Signe distinctif de cette première étude de cas : priorité est donnée d'emblée aux projets, parfois provocants, toujours ajustés au plus près aux attentes et besoins des publics, suite d'une réflexion au sein d'un plan d'action, et confiés à chacun des services concernés de la bibliothèque, impliquant autant que possible l'ensemble des personnels en l'absence de tout service spécifiquement chargé de la communication. On verra se confirmer, au fil du volume, ce primat de l'action concertée et de la pertinence (guidée par un « savoir-faire » toujours accompagné d'un souci de « faire-savoir » – ou encore : « faire ce qu'on dit et dire ce qu'on fait » –, slogans connus) sur les techniques de communication, aussi pointues soient-elles. Mais celles-ci sont unanimement reconnues comme relevant d'un métier spécifique et de professionnels auxquels il est fait appel. La com, d'ailleurs, ne saurait être dissociée des autres modalités de relations des bibliothèques avec leurs publics, notamment la signalétique et surtout l'accueil. Ce dernier est partout privilégié, avec une ouverture maximum (des esprits, mais pas encore des horaires) évitant à tout prix les interdits et les contraintes.
Le choix des contributeurs et des thèmes est équilibré, entre analyses de synthèses et études de cas : si ces dernières comportent parfois une part d'analyse théorique – analyse réputée avoir étayé le projet rapporté –, on voit aussi retracer honnêtement des expériences plus approximatives, faute d'une étude préalable et nécessitant un effort de communication qu'on pourrait qualifier de palliative (BMI de Grenoble). L'honnêteté et un certain pragmatisme sont sans doute les qualités de cet ouvrage ouvert largement sur toutes les formes de communication y compris les plus basiques, comme la communication interpersonnelle avec les lecteurs, tout simplement, ce qui peut sembler aller de soi mais gagne à être rappelé. Pragmatisme et ancrage dans la vie locale : voir par exemple l'encadré « Communiquer en période électorale ». Cela dit, la recherche d'originalité s'impose ; fleurissent les slogans ou modes d'interpellation inattendus. L'article de Brigitte Maury sur « Les bibliothèques en campagne ! » (campagne de publicité en l'occurrence) y est consacré, à travers trois exemples typiques dont celui de la BFM de Limoges en 2008. Place est faite aussi aux expériences étrangères (« Les bibliothèques publiques du Québec à la conquête du public masculin »), mais limitée à l'espace francophone. On peut donc regretter un défaut de mise en perspective historique et géographique (ou « comparatiste »). Mais ce serait trop attendre d'une collection dont le nom annonce une ambition pratique et donc limitée. La dernière partie, intitulée « Coopérer pour communiquer » (« Travailler avec le service communication de la tutelle » ; « Travailler avec un infographiste dans l'équipe de la bibliothèque » ; « Signes d'attention : La signalétique et sa relation avec le public ») est l'occasion de revenir globalement de la théorie à la pratique. Celle-ci se concrétise sous la forme d'encadrés et des annexes habituelles que sont le mémento final, ou récapitulation synthétique signée du directeur de collection, et un glossaire. Les références bibliographiques (URL web pour la plupart) sont à chercher en bas de page au fil des articles.
Nul doute, les bibliothèques du XXIe siècle veulent rompre avec toute image poussiéreuse attachée à leur nom. Exit, notamment, le sacro-saint Guide du lecteur, représentatif d'un mode de communication obsolète, au profit de ceux d'aujourd'hui, au premier rang desquels les outils du web 2.0 et notamment les réseaux sociaux. A-t-il pour autant disparu ? Non : un article reste consacré aux différentes formes que peut prendre un guide du lecteur. Comme pour affirmer dialectiquement une stabilité, la constance d'un cœur de métier auquel une part du public, qu'on le veuille ou non, continue et continuera de se référer.