ALCA* – Agence livre, cinéma et audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine, site de Limoges

* Née de la fusion d’Écla, du Centre régional du livre en Limousin 
et du Centre régional du livre et de la lecture en Poitou-Charentes

haut_critiques

Feuilles reçues / Critiques archivées des Éditions Écorce


Coco

Coco
,
texte d'Abdel Hafed Benotman,
illustrations de Laurence Biberfeld,
Éditions Écorce, 2012,
95 pages, 18,00 euros,
ISBN : 978-2-9535417-3-1.

L'histoire peu banale d'un perroquet amoureux d'une mainate, et son épopée pour retrouver sa belle enlevée et livrée aux vices et sévices d'une clientèle de maison close. Débutant comme oiseau « d'épaule » du sanguinaire pirate le Pitt-Haines, il s'enfuit avec son amoureuse en quête d'une vie meilleure. Mais il est dépositaire d'un secret : l'emplacement où le Pitt-Haines a caché son trésor. Aussi celui-ci cherche-t-il à tout prix à le récupérer pour lui faire avouer l'endroit où se trouve son butin.
Surmontant les obstacles les uns après les autres, la prison, la torture et même la trépanation, notre malin perroquet s'entoure de personnages humains ou animaux, amis ou manipulés afin de se libérer de l'emprise du pirate, et puis de délivrer bien entendu sa mainate.
De son langage familier mais d'une grande fluidité, l'auteur, Abdel Hafed Benotman, nous entraîne dans une aventure cocasse qu'il nous conte avec humour et fantaisie, en faisant fort usage des jeux de mots et autres clins d'œil.
Une histoire bien agréable à lire, tout en admirant les splendides dessins de Laurence Biberfeld qui jalonnent chacune des étapes de ce périple. Parodie ou conte, telle est la question. Mais les deux se mêlent et s'emmêlent pour faire émerger un drôle de récit qu'on lit avec grand plaisir.
Plutôt destiné à un public adulte qui saura savourer le second degré de ce texte, n'h'ésitez pas à jeter un coup d'œil sur ce joyeux bouquin, vous serez aussitôt conquis !



Recluses

Recluses
,
de Séverine Chevalier,
Éditions Écorce, 2011,
183 pages, 15,00 euros,
ISBN : 978-2-9535417-2-4.

Une jeune fille, Zora Korps, munie d’un engin explosif, commet un attentat suicide dans un supermarché, causant plusieurs morts dont la sienne. Un attentat sans motif apparent. Une autre jeune fille, un peu moins jeune, Suzanne, enlève sa sœur handicapée moteur du centre où elle vivait et part sur les traces de Zora : son appartement, le centre équestre en Camargue où elle travaillait l’été, la maison des Landes où elle passait des vacances… Est-il question d’une enquête ? Va-t-on comprendre la raison de cet attentat ? Non, on comprend vite, dès les premières pages de Recluses, qu’il n’y aura dans ce roman noir ni coupable, ni détective, ni suspense haletant. Mais une succession de témoignages, de confessions qui forment la trame narrative du roman. On suit le road trip des deux sœurs dans le regard de Zia, la sœur handicapée, clouée à son fauteuil roulant et muette. Le récit est entrecoupé de lettres-confessions d’un médecin psychiatre qui a rendu visite régulièrement à Suzanne alors qu’elle était incarcérée.
C’est en fait sur l’entrelacement des bribes de vie de ces quatre personnages, Zora, Zia, Suzanne et le médecin qu’est construit le récit de Séverine Chevalier pour former un premier roman ambitieux et complexe. Ce texte pose peut-être d’abord la question de la liberté d’agir et de penser : quand et où est-on libre ? Quand et où est-on enfermé ? Est-on libre dans un corps qui nous contraint ? La plus grande liberté n’est-elle pas celle de la pensée ? Est-on enfermé dans une prison qui nous protège ? Dans un style franc, simple et direct, Séverine Chevalier emporte aisément le lecteur dans un récit dont l’intensité et la profondeur en font un très bon roman.
Le troisième opus de la Collection « Noir » des Éditions Écorce, dirigées par Cyril Herry, confirme l’ambition de cette jeune maison d’édition installée dans la campagne creusoise : publier peu (un roman par an pour l’instant) mais des textes ciselés et finement travaillés, dans une veine noire à la fois profonde et dérangeante.



Bois

Bois
,
de Fred Gevart,
Éditions Écorce, 2010,
224 pages, 15,00 euros,
ISBN : 978-2-9535417-1-7.

Sylvain Michalski est écrivain. En proie à des soucis de couple, d’alcoolisme et de perte de mémoire, il erre telle une âme en peine de souvenirs, de reconnaissance, d’amour et d’inspiration.
Suite à un terrible accident et plusieurs années passées dans le coma, il rouvre les yeux, défiguré, une longue série de pages blanches s’étant insérée dans sa vie.
Alors qu’il cherche à combler ce vide et à comprendre qui il est, Michalski reçoit un coup de fil anonyme : « Sandrine Lloebbe vient d’être libérée ». Les cauchemars recommencent, mais les pièces du puzzle semblent vouloir s’assembler.
Fred Gevart nous entraîne dans l’affaire Lloebbe-Pelletier avec habileté et sur un rythme aussi effréné que celui de la bande-son du roman, très rock des années 90.
Une judicieuse page Wikipédia relatant le fait divers est glissée au début du récit, faisant au même moment du lecteur un enquêteur et lui donnant une longueur d’avance sur Michalski. Les indices qui s’ensuivront seront précieux et déposés avec finesse au fil des pages. De nombreux va-et-vient entre la voix du narrateur, celle de l’écrivain ou celle de l’otage permettront au lecteur de recouper les souvenirs et les indices et ainsi combler les pages blanches laissées dans la mémoire de Michalski.



Retour à la nuit

Retour à la nuit,
d’Éric Maneval,
Éditions Écorce, 2009,
120 pages, 12,00 euros,
ISBN : 978-2-9535417-0-0.

Antoine est veilleur de nuit dans un centre d’accueil de jeunes en difficulté près de Saint-Léonard-de-Noblat. Gros consommateur de café, de cigarettes et de somnifères, il vit seul dans une campagne creusoise aux confins de la Haute-Vienne. Familier des adolescents dont il a chaque nuit la charge, Antoine se lie avec Ouria, une jeune fille à qui il accepte de montrer ses cicatrices. En effet, à huit ans, il a eu le corps lacéré après une chute dans des rapides près d’un barrage en Corrèze. Sauvé par un homme plutôt louche, ce dernier a pratiqué sur sa peau d’étranges scarifications. Antoine découvre un soir dans un reportage télévisé que l’homme qui l’a à la fois sauvé et charcuté est peut-être un tueur en série, un « découpeur ».
La vie d’Antoine bascule ce soir-là, car si le découpeur est bien l’homme qu’il a rencontré vingt-cinq années auparavant, une sordide affaire de meurtre d’enfant pourrait bien être élucidée. Un journaliste désabusé, un avocat arriviste et un singulier couple de policiers vont s’intéresser de très près à l’histoire d’Antoine. Pendant ce temps-là, au centre social, les nuits deviennent de plus en plus agitées et Ouria de plus en plus pressante aux côtés d’Antoine.
On ne trouve pas de gras dans ce premier roman noir des Éditions Écorce, mais une chair rouge et dense, des phrases sèches et ciselées formant un récit ramassé en cent vingt pages qui se lisent d’une traite.
On attend déjà avec impatience le deuxième opus de ce jeune éditeur installé en Creuse.