ALCA* – Agence livre, cinéma et audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine, site de Limoges

* Née de la fusion d’Écla, du Centre régional du livre en Limousin 
et du Centre régional du livre et de la lecture en Poitou-Charentes

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Feuilles reçues / Critiques archivées des Éditions Dernier télégramme


Soleil-œil-crépu

Soleil-œil-crépu
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d'Édith Azam,
Éditions Dernier télégramme, 2011,
120 pages, 14,00 euros,
ISBN : 978-2-917136-43-0.

Drôle de titre pour un texte atypique. Dès la première page, ponctuation, syntaxe, circonstances nous échappent comme sable entre les doigts :
« Ce serait comme ça : Un rêve un peu, et pour ne pas que quelque part : On se loupe de nous. Alors… Alors on est là-bas, je ne sais pas trop où : L'Afrique. Moi, je ne la connais pas l'Afrique. Mais j'ai un livre sur les genoux : dedans y a ce que toi, toi tu l'as déjà vu…
J'ouvre le livre. »
Donc, c'est comme un voyage qui est à la fois un livre dont les pages seront les… étapes ? Au bout de quelques pages le dernier mot sera « Page », et on passera à la suivante. Sur cette première, et ensuite sur quelques autres, il y a des dessins de l'auteure. Mais la plupart du temps beaucoup de blanc. Nous disons « auteure » au féminin, car elle écrit et vit et aime au féminin. Elle vit fort apparemment, et elle lit fort aussi, comme le savent ceux qui ont assisté à des lectures de ses textes par Édith Azam.
Suite de pages évoquant une marche en Afrique. Deux protagonistes : la femme qui écrit, comme elle marche, qui marche comme elle écrit, page après page ; et lui (noir, probablement) qui l'accompagne, la guide, l'aime. Le blanc envahissant le bas de la plupart des pages est comme le sable du désert, et les lignes sont comme le chemin. On marche avec elle en lisant. Il y aura des arrêts, des fatigues, des rencontres, des changements de paysage dans ce paysage des pages. Des choses plus ou moins compréhensibles (comme dans les rêves), des points de suspension, des « Page[s]. Censurée[s] » (nous citons), et l'irruption d'un autre auteur, Julien Blaine, en mots et en drôles de photographies de pieds sableuses et répétitives – et cet aphorisme : « écrire comme un pied / l'écriture c'est le pied ».
Tout cela, croyez-le si vous voulez, a un fort charme. Et finit par ces mots qui rappellent le début, par-delà le leitmotiv des pages : « Je ne veux pas que l'on se loupe, non, je ne veux pas te louper. »



Élans : Quelques singuliers élans amoureux et Amour singulier : Fabrikasharia, chants de construction, saison 11

Élans : Quelques singuliers élans amoureux
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de Marius Guérin,
et Amour singulier : Fabrikasharia, chants de construction, saison 11,
d'Antoine Dufeu,
Éditions Dernier télégramme, 2010,
88 pages, 14,00 euros,
ISBN : 978-2-917136-33-1.

L’été sera chaud avec les Éditions Dernier télégramme qui nous proposent un livre tête-bêche avec deux textes très différents mais complémentaires sur le sentiment amoureux et l’acte sexuel. Si Antoine Dufeu dit son amour exclusif pour Valentina, Marius Guérin assume les partenaires multiples et les multiples formes de son amour pour les femmes. Dans la tradition de la grande littérature érotique de Sade à Pierre Louÿs en passant par Mac Orlan, Marius Guérin égraine les éloges des femmes qu’il a aimées, dans un style direct et cru, lyrique aussi parfois dans l’adresse qu’il fait à chacune de ses conquêtes.



Les Versets de la bière : Journal (1986-2006)

Les Versets de la bière : Journal (1986-2006)
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de Lucien Suel,
Éditions Dernier télégramme, 2010,
156 pages, 16,00 euros,
ISBN : 978-2-917136-32-4.

Écrit sur une période de vingt ans, ce journal nous donne à lire une alternance de notes brèves sur la vie quotidienne de l’auteur (à l’hôpital, en vacances, en voyage, en tournée de lecture…) et de courtes phrases, sortes d’aphorismes, parfois drôles, parfois grinçants sur notre rapport aux autres, au quotidien, à la consommation et à la bière. On peut ainsi y lire :
« Les spécialistes de la littérature orale publient des livres très épais » (page 130) ;
« On s’ouvre les veines dans la baignoire pour ne pas salir la moquette » (page 110) ;
« On se courbe comme un esclave pour nouer ses lacets » (page 39).
L’ensemble se lit avec plaisir, avec un mélange de légèreté, d’humour et de profondeur. Le grand intérêt de ce texte est de nous laisser entrevoir le quotidien d’un écrivain, avec ses doutes, ses difficultés à vivre de sa plume, mais aussi ses amitiés littéraires (Julien Blaine, Christophe Tarkos, Christophe Manon, Jean-François Bory…). Un texte savoureux avec cette double entrée, à lire d’une traite ou à picorer.



Babylone (trilogie)

Babylone (trilogie)
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de Jérôme Bertin,
Éditions Dernier télégramme, 2007,
108 pages, 15,00 euros,
ISBN : 978-2-917136-03-4.

Ce livre est écrit, sans phrases académiques, sans points construisant le récit, il fonctionne sur le rythme d’une respiration saccadée, une sorte d’urgence vitale, un cri qui n’a pas le temps de se formaliser, sur le système des trois points… points de mots… mots coup de poing…dans un opéra baroque orchestré par les mots, les brides de phrases, les idées jetées qui s’entrechoquent, se répondent, se répercutent en écho créant une gradation, une surenchère verbale où la vie, l’amour, la mort et la sexualité la plus crue, organisent ce monde fait de phrases acérées, dangereuses, blessantes, violentes, où la déstructuration des mots même, où leur reconstitution à connotation sexuée tend vers un humour provocant, sans fard, fouillant les abîmes des désirs humains.
Ce livre se lit d’une traite, laissant le lecteur comme essoufflé par cette lecture ne lui laissant pas de répit, il est emporté par ce flot de mots… de maux… déshumanisé parfois, perverti souvent, stigmatisant notre monde à la décadence babylonienne.



Victoire sur les ténèbres

Victoire sur les ténèbres
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de Christophe Manon,
Éditions Dernier télégramme, 2008,
8 pages,
ISBN : 978-2-917136-08-9.

Dans ce grand inventaire à la Prévert des maux de notre société, allant de la violence à la guerre, de la destruction à la perte de sens des mots même, l’auteur dresse un constat accablant de ce monde par associations surréalistes et brutales de mots scandés dans une litanie percutante, sans espoir.
Seul le mot « Stop » — rythmant chaque page — induit une conscience de la perdition.
La dernière page, suivant l’écroulement définitif de ce monde à la dérive, sonne comme une renaissance, un avenir plein de promesses, d’harmonies nouvelles disant que les temps sont impatients d’advenir. Ce livre interpelle le lecteur, lui jetant avec la force des mots un constat désespéré de la vie dans cet univers sombre, sans devenir. La fin redonne une foi dans un avenir et l’on sort de ce livre plus fort, plus confiant, tel un nageur donnant des abysses ténébreux une impulsion le guidant vers une lumière solaire.



Toi qui as ouvert les yeux

Toi qui as ouvert les yeux
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de Jean-Luc Parant,
Éditions Dernier télégramme (Collection « Longs courriers »), 2008,
16 pages, 5,00 euros,
ISBN : 978-2-917136-09-6.

L’auteur s’adresse à son lecteur, aux yeux de ce lecteur, qui, glissant sur ses lignes, les font naître à la vie, à la lumière, l’invitant de métaphores en figures d’opposition entre le jour et la nuit, le noir et le blanc, à s’immerger dans ses mots, à entrer dans ses images, que ces yeux soient une échappatoire à son corps charnel, qu’ils s’ouvrent sur un monde intérieur propre à déchiffrer l’indéchiffrable, qu’ils découvrent devant eux des horizons infinis, qu’ils s’aiguisent sur ses mots, leur donnant une acuité où même le noir des lignes devient lumière, où le blanc entre les mots les éclaire et leur donne une aura s’infiltrant par eux jusqu’aux profondeurs abyssales de la conscience du lecteur.
Ces yeux deviennent le lecteur en entier, projeté dans le texte, ces yeux sont les éclaireurs de ce voyage, ces yeux sont une offrande faite à l’auteur qui les reçoit tel un soleil, les guidant dans l’infini de l’imaginaire, dans la translation la plus parfaite entre un auteur et son lecteur.
Ce livre est original dans son approche, car loin d’être un récit romanesque, il guide le lecteur symbolisé par ses yeux, dans tout ce que l’auteur, par-delà les mots, dans un jeu d’ombre et de lumière qui va de l’un à l’autre et inversement, veut faire comprendre à celui qui le lit sur l’acte d’écrire, sur l’osmose fusionnelle liant l’auteur et le lecteur.



Cargo culte

Cargo culte
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d'Emmanuel Rabu,
Éditions Dernier télégramme, 2007,
32 pages, 9,00 euros,
ISBN : 978-2-9524151-9-4.

Parallèlement à la publication remarquée de Tryphon Tournesol et Isidore Isou aux Éditions du Seuil, Emmanuel Rabu publie au Dernier télégramme un objet bref et sophistiqué où l’espace blanc laissé sur la page donne toute la place au lecteur pour prolonger le texte imprimé. À l’image d’un Serge Gainsbourg à qui l’auteur a emprunté le titre de l’ouvrage, Rabu mélange les genres (faits documentaires, équations) et les thèmes (la tragédie de deux amants de luxe décédés tragiquement en 1910, La Vénus au miroir de Velásquez et les techniques de production textuelle de Raymond Roussel) dans un jeu de miroir plaisant et ouvert.



Lambiner

Lambiner
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de Charles Pennequin,
Éditions Dernier télégramme (Collection « Longs courriers »), 2006,
14 pages, 5,00 euros, ISBN : 2-9524151-7-X.

Deuxième ouvrage de la Collection « Longs courriers », Lambiner est un recueil de textes de Charles Pennequin, un des auteurs les plus intéressants et les plus prolifiques de la création poétique contemporaine. Fragments de discours, de récits et de poèmes organisés en blocs typographiques et en encarts, Lambiner est un texte très riche qui constitue une bonne entrée en matière pour faire connaissance avec cet auteur qui affirme : « Je fais de la poésie parce que demain je suis mort ».



Transport visage découvert

Transport visage découvert
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de Lucien Suel,
Éditions Dernier télégramme (Collection « Longs courriers »), 2006,
14 pages, 5,00 euros, ISBN : 2-9524151-4-5.

Pérégrination mentale de l’auteur autour du goût, de la caresse, de l’odeur, du son et de l’image. Ce texte inclassable inaugure une nouvelle collection de l’éditeur Dernier télégramme, « Longs courriers », qui offre au lecteur un texte court d’un auteur confirmé pour un prix très abordable.



Létika klinik

Létika klinik
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d'Édith Azam,
Éditions Dernier télégramme, 2006,
46 pages, 10,00 euros, ISBN : 2-9524151-6-1.

Récit poétique d’un internement psychiatrique, Létika klinik laisse de côté le pathos pour laisser divaguer la langue, la poésie des mots, avec une drôlerie, une distance face à la douleur et une sensibilité percutantes.



Létika klinik (extraits)

Létika klinik (extraits)
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d'Édith Azam,
Éditions Dernier télégramme (Collection « Échos »), 2007,
CD audio, durée : 22 mn 09 s.

Complément naturel à l’édition papier de Létika klinik, ce disque permet d’entendre le phrasé et le rythme sonore impressionnant de la jeune poète montpelliéraine.



31 mars 2006 chez Olga

31 mars 2006 chez Olga
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Éditions Dernier télégramme (Collection « Échos »), 2006,
CD audio, durée : 50 mn 54 s. 10,00 euros,
ISBN : 2-9524151-1-0.

Les Éditions Dernier télégramme publient des textes contemporains dans lesquels la sonorité et la musicalité des mots sont primordiales. La plupart des auteurs publiés par cette jeune maison d’édition pratiquent d’ailleurs régulièrement les lectures à voix haute et les performances vocales. Il était donc logique que Dernier télégramme lance une collection de CD audio, « Échos ». Ce premier disque propose quatre performances sonores données à Limoges en mars 2006 à l’occasion du lancement de la maison d’édition. On y retrouve Marek et Fabrice Caravaca, The Cut-Up conspiracy et deux auteurs « maison », Édith Azam et Charles Pennequin.



Glossolalie

Glossolalie
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de Marc Guillerot,
Éditions Dernier télégramme (Collection « Échos »), 2006,
CD audio, durée : 30 mn 20 s. 12,00 euros,
ISBN : 2-9524151-5-3.

« Décomposer les mots, les syllabes et toutes les expressions vocales, du chuchotement au cri, afin de se constituer peu à peu son propre vocabulaire, de l’enrichir et de le faire évoluer. De la déconstruction, passer à la construction d’un langage qui nous est propre. »



L'Éternité

L'Éternité
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de Christophe Manon,
Éditions Dernier télégramme, 2006,
64 pages, 10,00 euros, ISBN : 2-9524151-3-7.

Pour leur deuxième ouvrage, les Éditions Dernier télégramme nous offrent un texte plus « accessible » qu’Action-writing.
L’auteur, Christophe Manon (publié régulièrement par ailleurs à L’atelier de l’agneau et aux Éditions de l’Attente) s’inspire d’un ouvrage de Françoise Favretto, Je suis le corps d’un soldat mort (Éditions Myrddin, 2001) pour continuer, à l’infini, cette phrase étrange et belle. La guerre, la violence, l’organisation militaire sont décrites par un animal, tour à tour corbeau, rat, blatte ou fourmi. Écriture répétitive, déformant et reformant l’espace et le temps, L’éternité naît donc de cette suite de chants tous semblables et tous différents, où la mort et la vie se suivent, se ressemblent et finissent par se confondre.
Un texte à lire, à relire… à l’infini ?