ALCA* – Agence livre, cinéma et audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine, site de Limoges

* Née de la fusion d’Écla, du Centre régional du livre en Limousin 
et du Centre régional du livre et de la lecture en Poitou-Charentes

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Feuilles reçues / Critiques archivées des Éditions Le bruit des autres


La Revanche des Communeux

La Revanche des Communeux,
de Jean-Baptiste Clément,
préface de François Perche,
Éditions Le bruit des autres, 2011,
228 pages, 20,00 euros,
ISBN : 978-2-35652-069-02.

Qui n’a jamais écouté, chanté Le Temps des cerises ? Cette chanson populaire, entre toutes, fut écrite en 1866 par Jean-Baptiste Clément, chansonnier, journaliste et surtout toute sa vie « combattant de ces jours de colère, d’espoir et de déceptions, en même temps qu’un révolté qui ne désarmera que le jour où la cause du droit et de la justice aura triomphé ». La Revanche des Communeux fut écrit en 1886 et jamais réédité depuis. Comme l’indique François Perche dans sa préface, on ne disait pas encore Communard. Ce livre ne raconte pas l’histoire de la Commune mais est constitué des souvenirs d’un de ses acteurs et des réponses précises aux calomnies sous les habits respectables d’enquêtes parlementaires. Le récit se concentre sur quelques mois, entre la journée de l’Insurrection du 4 septembre 1870 qui donna naissance à la IIIe République, la guerre contre la Prusse et mars 1871, les premières séances du gouvernement de la Commune avant la Semaine sanglante de mai.
Par son écriture très vivante, une lucidité qui ne gomme pas les impasses, Jean-Baptiste Clément arrive à rendre intéressantes les séances de débats pour voter trois fameux décrets. « Eh bien je l’ai dit, on a beaucoup trop discuté à la Commune, mais c’est un devoir aussi d’en donner les raisons et de prouver, à l’appui de documents, qu’on y était bien intentionné cependant »… « Il ne faut considérer les soixante jours de la Commune que comme un apprentissage. Pour en profiter et, à l’avenir, passer maître en révolution, rien ne saurait être plus instructif que les débats dont ces trois séances furent remplies ». L’éditeur, en republiant ce texte, rend possible cette réflexion opportune.



René Rougerie une résistance souveraine

René Rougerie une résistance souveraine,
entretien avec Christian Viguié,
accompagné d'un DVD réalisé par Philippe Jeammet,
Éditions Le bruit des autres, 2010,
116 pages, 18,00 euros,
ISBN : 978-2-356552-053-1.

Poète fidèle des éditeurs Olivier et René Rougerie, Christian Viguié avait vu juste en prenant le temps de longuement interroger René Rougerie en 2008, accompagné par la caméra de Philippe Jeammet. L’éditeur est en effet décédé quelques mois plus tard, au printemps 2010. Revenant sur sa longue carrière d’éditeur, René Rougerie se livre à Christian Viguié en détaillant les affres de son métier d’éditeur, sa fierté d’être resté l’imprimeur de ses livres, son goût de l’atelier, de la presse, du papier bouffant, de la typographie. Amer sur la place réduite laissée à la poésie dans les médias et les aides publiques, le vieil homme se montre cependant confiant et optimiste sur la création poétique d’aujourd’hui et la qualité des poètes qu’il continue d’accueillir.
Le DVD réalisé par Philippe Jeammet complète très bien l’ouvrage, puisqu’on y retrouve à la fois une partie des entretiens menés par Christian Viguié, mais aussi des interventions d’Olivier Rougerie et une visite dans Mortemart en compagnie de celui qui y dirige désormais seul cette prestigieuse maison.



Les Orphelins d'Allah

Les Orphelins d'Allah,
de Moussa Konaté,
coédition Le bruit des autres et Hivernage, 2009,
176 pages, 15,00 euros,
ISBN 978-2-35652-032-6, 978-2-916428-00-0.

Le vieillard et l’enfant, l’homme et la femme, le chien et le chat, chacun des personnages des dix nouvelles de ce livre rencontre la douleur. La cruauté et la violence sont leur lot commun. Seul, semble indiquer l’auteur, le souci de l’autre peut sauver ces « orphelins d’Allah » du tragique. Ce n’est sûrement pas un hasard si la première et dernière nouvelle racontent l’élan et l’amitié entre deux enfants, même si la colère n’est pas absente de la tête de deux petits garçons : « Monsieur le Bon Dieu. C’est Sadjo et Ibou qui ont écrit cette lettre. Ils ne sont pas contents. Ils ont travaillé toute la journée. Pourquoi tu as envoyé ta pluie pour détruire leur maison ? Tu n’es pas gentil du tout. Ils sont fâchés. Est-ce que toi, tu es content ? Ils ne te pardonneront jamais. Signé par Ibou et Sadjo. »
Avec humour et poésie, Moussa Konaté nous rend sensibles et proches ces récits de vie, preuve une fois de plus que la littérature est un des modes d’expression du souci de l’autre.



Voiture cinq quai vingt et un

Voiture cinq quai vingt et un,
de Claudine Bohi,
Éditions Le bruit des autres, 2008,
69 pages, 10,00 euros,
ISBN : 978-2-35652-015-9.

Où il est question de trains qui arrivent, qui partent, que l’on attend, que l’on prend ; de cafés et de morceaux de sucre ; d’hommes que l’on attend, qui nous attendent ; de désir et d’amour.
« Elle prend les carrés petits morceaux de sucre sur la table
elle rêve de départ dans sa cuillère il est au loin
les hommes sont toujours loin quand elle les aime
elle a dit : « l’amour dure » c’est si beau dans l’espace ce grand
balancement le ciel avec tout le désir dedans qui descend dans le
ventre et dans les mains aussi elle boit le café noir avec sa
bouche elle les embrasserait tous »
Claudine Bohi signe avec Voiture cinq quai vingt et un un bref ouvrage, sensible, à la lecture agréable, servi par une pagination propre.
L’absence de ponctuation, si ce n’est le point final, implique de  evenir sur ses pas, de rechercher la construction, la phrase, d’avoir une lecture a posteriori, et alors nous enveloppe le plaisir des mots, rappelant en ce sens plus Alcools, d’Apollinaire, que L'Art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation, de Georges Perec.



Le Roi du silence

Le Roi du silence,
de Laurence Biberfeld,
Éditions Le bruit des autres, 2009,
171 pages, 16,00 euros,
ISBN : 978-2-35652-028-9.

Auteure de polars et de romans noirs, Laurence Biberfeld a vécu plusieurs années sur le Plateau de Millevaches. Elle rend à ce pays à la beauté sauvage un hommage singulier et puissant dans une pièce de théâtre où se mêlent les voix des habitants du plateau à différentes périodes de l’histoire (Moyen-Âge, Révolution, époque de boisement intensif, Guerre de 1914-1918, Occupation…) et un fil rouge se déroulant à l’époque contemporaine dans lequel deux jeunes mariés pistent une énigme enfouie dans leurs souvenirs en revenant sur les lieux de leur enfance. Eymoutiers, le site des Cars, Magnat-l’Étrange, Peyrelevade, Féniers ou La Courtine forment le décor de cette dramaturgie croisée entre les destins funestes des hommes et le passé douloureux des jeunes amoureux.
La langue âpre, dure et crue de Laurence Biberfeld sert on ne peut mieux cette pièce de théâtre singulière.



Partis pris

Partis pris, 1 : Lettres à René Pons,
de Christian Viguié,
Éditions Le bruit des autres, 2009,
181 pages, 16,00 euros,
ISBN : 978-2-35652-022-7.
Partis pris, 2 : Poésie et politique,
de Christian Viguié,
Éditions Le bruit des autres, 2009,
61 pages, 10,00 euros,
ISBN : 978-2-35652-024-1.

Avec une vingtaine d’ouvrages publiés — principalement chez Rougerie pour ses recueils, Le bruit des autres éditant quant à lui ses proses et son théâtre — Christian Viguié est désormais une voix reconnue de la poésie, régulièrement publiée et primée. C’est, de façon indirecte, ce parcours d’homme tout autant que d’auteur qu’il nous est donné de retrouver en filigrane dans le premier des deux tomes de cet ensemble. Pour ses lecteurs, Viguié est plutôt un poète de l’économie, du peu de mots, chacun de ces derniers n’en étant pas moins « habité », pour reprendre une expression qu’il utilise d’ailleurs ici au sujet de Giono, l’une de ses nombreuses admirations revendiquées. Car ceux qui ont déjà parlé de vive voix avec Christian Viguié savent combien ce grand lecteur peut être disert. Il semblerait d’ailleurs qu’il n’ait finalement accepté de publier ses lettres à l’un de ses confrères (René Pons, dont l’œuvre est disponible à la même enseigne) qu’avec la garantie de hisser le débat à cette problématique trop rarement visitée par la littérature du jour : le lien entre poésie et engagement. « Je pense réellement, écrit-il, que la forme est une conséquence du sens, pareils à certains mouvements sociaux qui créent plus d’imaginaire politique que des partis constitués », déplorant dans le même temps que « les critiques se déplacent dans des compartiments de première classe et ignorent que le passager clandestin, c’est la langue ». L’absence de posture littéraire de Christian Viguié, pour être subversive, n’en oublie pas les exercices d’admiration au destinataire de ses lettres comme à Ramuz, à Éluard ou à Breton, entre lesquels notre auteur se refuse, comme il est convenu de faire, de choisir… Il n’ignore pas qu’écrire seulement en contre ne mène pas loin : « la joie que j’éprouve, même momentanée, me repose, me vivifie, m’amène à poursuivre des discussions imaginaires, jamais interrompues, et le labyrinthe du temps, pour une fois, s’estompe ».
Le second volume de cet ensemble, un court mais riche essai, théorise un peu plus cette même idée selon laquelle poésie et réel seraient inextricablement mêlés dans leur action émancipatrice, tout poète qui se respecte ne se tenant jamais « en marge du monde ».
Christian Viguié oserait presque une réhabilitation audacieuse de la poésie de résistance, en relevant tout de même que « le poème [strictement] politique ne tient pas. L’évènement, la circonstance plombent l’or du poème ». C’est toute la force de ces deux petits livres, pétris d’érudition comme d’humanité — ce qui n’est somme toute pas tellement courant —, que de dynamiter quelques idées très largement reçues lorsqu’elles ne sont tout bonnement pas ignorées, en éveillant la curiosité et la soif de découverte du lecteur.
Deux volumes à garder près de soi, à reprendre, et à discuter dans la durée.



Eden Hôtel

Eden Hôtel
,
de Philippe Braz,
Éditions Le bruit des autres, 2008,
98 pages, 12,00 euros, ISBN 978-2-35652-010-4.

Auteur de théâtre et de nouvelles, Philippe Braz est traduit et joué en France et plus encore dans les pays germanophones. Après Off-Shore et Berlin-loin-de-la-mer, Le bruit des autres publie une pièce écrite en 1995 dont l’action se déroule en totalité dans une chambre d’un hôtel sans âme, planté près d’un aéroport. Lieu des rêves évanouis, des rendez-vous improbables et des retrouvailles avortées, cette chambre « d’entre deux voyages » réels ou fantasmés abrite les conversations de clients qui se parlent sans jamais se comprendre. Deux femmes de chambre tentent de mettre de l’ordre dans la pièce entre deux clients, et oscillent entre l’espoir juvénile et la résignation de l’âge mûr.



Vieillir

Vieillir
,
de Max Eyrolle,
Éditions Le bruit des autres, 2007,
37 pages, 10,00 euros, ISBN 978-2-9144-6189-4.

Dès le début, ce livre saisit le lecteur, lui fait sentir toute l’angoisse, tout le drame du temps qui est passé, toute la nostalgie de la vie enfuie, toute la vision cauchemardesque de celle à venir ; cette incapacité, ce manque de force et de désir, à saisir le bonheur si près mais pourtant qui nous échappe, cet ancien nous-même que nous désertons, dont la dépouille inhabitée semble, en habit de fête, nous narguer dans une danse macabre autour de l’homme vieilli, qu’un attelage funeste, tel un train sur des rails de ténèbres va conduire sur l’autre rive.
Ce livre touche d’une blessure lucide tous les hommes avec des mots d’une grande poésie, les mots que chacun aurait voulu dire, convaincu de l’éphémère de la vie.



Les Violette

Les Violette,
d’Emmanuelle Destremeau,
coédition Le bruit des autres et L'amandier, 2005,
108 pages, 12,00 euros, ISBN 2-914461-52-6,
2-915695-35-0.

Violette vit dans sa tête, vit avec sa mère, vit avec d’autres Violette. Elle a seize ans, elle a huit ans. Elle est déjantée et adore son tonton Alipio qui n’est pas très comme il faut. Elle refait le monde et ne veut pas de dessert, elle se pose des questions qui ne sont pas de son âge, mais son âge, c’est quoi déjà ? Une pièce de théâtre qui se lit avec régal, une tranche de vie enlevée et gaie, même si la grisaille sourd à chaque ligne.