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Feuilles reçues / Critiques archivées des Éditions Aux forges de Vulcain


Et je me suis caché

Et je me suis caché
,
de Geoffrey Lachassagne,
Éditions Aux forges de Vulcain, 2012,
258 pages, 17,90 euros,
ISBN : 978-2-919176-19-9.

« Titi, 14 ans, et Jérémie, 7 ans, vivent chez leur grand-mère dans une petite ville de Corrèze. Leur grand frère Jules a quitté la ville il y a plusieurs années en promettant à Titi qu'il reviendrait le chercher – et voici qu'il annonce enfin son retour. Tandis que Titi erre avec ses amis autour de la halle et du lac artificiel en attendant l'arrivée imminente de Jules, Jérémie se trouve livré à lui-même et vit dans son monde imaginaire. Ses journées, quand elles ne sont pas consacrées à l'étude de la Bible avec sa grand-mère, sont faites de guerres incessantes contre les Indiens et les Incroyants, qui provoquent toutes sortes de catastrophes. […]
À la fois brut et poétique, Et je me suis caché restitue avec une grande justesse la langue et l'imaginaire de l'enfance et de l'adolescence, faisant de Titi et de Jérémie les lointains descendants – corréziens – d'Huckleberry Finn et Holden Caufield. »
Telle est le résumé donné par l'éditeur en quatrième de couverture. Nous y apprenons aussi que « Geoffrey Lachassagne est né en 1978. Il est écrivain, réalisateur et dramaturge. Et je me suis caché est son premier roman. »
L'éditeur pose ailleurs ce slogan ironique : « La jeunesse n'est plus ce qu'elle était », phrase qu'auraient pu reprendre à leur compte, à leurs époques respectives, les observateurs des héros dont ceux-ci seraient les « descendants » (lointains, en effet, mais pas indignes). Ceux-ci à leur tour sont laissés à eux-mêmes, confrontés au manque d'amour, errants face à la drogue, à la violence, à la découverte du sexe. Corréziens, nous dit-on, et rêvant d'ailleurs, de la grande ville – tel est du moins le lot du héros central, Titi. De quel village ? Cela n'a pas grande importance. À cela nous pouvons ajouter que si l'on parle ici d'un roman, ce qu'il est certes a priori, c'est faute de pouvoir qualifier plus précisément ce texte particulier. Monologue intérieur aussi, non loin du théâtre puisque chacun des personnages principaux (Titi, Jérémie, Jules aussi dans la dernière partie) prend en quelque sorte la parole, à tour de rôle – chacun sur un mode différent : emporté, hargneux ou émerveillé pour Titi, l'adolescent, le délinquant fatal ; planant dans les nuées d'un imaginaire débridé de jeu et de mythes pour son petit frère Jérémie ; d'un lyrisme flamboyant pour Jules, le grand frère attendu comme le Messie, et qui lui aussi se débat avec ses traumatismes, ses disparus. Suite de poèmes, donc, que ces morceaux tantôt hilarants (les jeux enfantins de Jérémie, émaillés de citations bibliques qu'il tient de sa grand-mère adepte et prosélyte des « Martyrs de Yaweh » (sic)) tantôt débordants de crudité écorchée (logorrhée de Titi, le mal-aimé), au fil desquels cependant se déroule une tragédie violente, suite d'aventures, de rencontres (avec Aurore – ses amours avec Titi ; avec Moïse – sa mère folle, son père paraplégique qu'il ne peut abandonner), d'errances, de grosses bêtises, de tentatives de fugues, d'agressions fantasmées ou réelles, vécues à travers le regard et la langue de ces enfants en danger.
On se laissera emporter dans ce flot poétique (ponctuation et syntaxe minimaliste, constamment inventives, événements de vie et de langue), flot parfois confus certes, où l'on se perd parfois et où l'on prend d'autant plus de plaisir à se retrouver. Ainsi du titre, un peu étrange, constitué en fait des derniers mots de la dernière page.