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Feuilles reçues / Critiques archivées de À pierre vue


Paroles voyères 2 : Chemin des lieux-dits

Paroles voyères 
2 : Chemin des lieux-dits
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de Gérard Laplace, Yves Lavalade, Patrick Beurard-Valdoye, Karelle Ménine, Stéphane Gendron et Yves Lapeyre,
À pierre vue
(Collection « Carnet à jour(s) » IV ), 2009,
51 pages, ISBN : 2-9526052-1-1.

À travers ce quatrième opus de « Carnet à jour(s) », cinq toponymistes et leur photographe troquent leurs galoches habituelles pour des chaussures de marche et s’offrent une randonnée à travers nos villages limousins. C’est au détour d’un chemin, de traverse ou de vie, qu’ils nous exposent, chacun à sa manière, la beauté de ces lieux-dits.
Cinq auteurs, et donc cinq Chemin[s] des lieux-dits : « Qui l’eût dit des lieux ? », « Per vias et per chamins », « Un répertoire imaginaire de toponymes », « Égarement » et « Conversations toponymiques ».
En premier, celui du phrasé, celui où le beau mot s’impose et trône. Gérard Laplace nous invite à poser, proser et se reposer en ces lieux de philosophie, et nous guide au travers du récit dans cet univers, à ses yeux si cher, afin d’y laisser l’harmonie nous gagner et nous initier à la poésie du lieu.
Viens ensuite Yves Lavalade, qui n’y va pas de main morte pour nous mettre dans le bain, en affichant un magnifique poème en occitan (et sa traduction, bien entendu). La traduction, c’est le maître mot de sa vision, puisque ce toponymiste s’attache à détailler et nous expliquer les origines et donc la signification de bien des lieux-dits, en les classant par thème : ceux qui semblent avoir un certain sens mais dont il est tout autre, a contrario de ceux dont le sens est affiché. Il nous montre aussi ceux qui, jusque-là, nous paraissaient incongrus, car ce sont ceux de l’exotisme, du mystère ou de la poésie. Avant d’achever ses explications sur l’exemple de Bonnac-la-Côte et son plan cadastral (qui relate tous les chemins de l’espace communal), Yves Lavalade nous décrypte les lieux-dits dont le sens n’est pas direct, ceux dont il faut tenir compte des nuances et spécificités du dialecte local.
Par le troisième chemin, Patrick Beurard-Valdoye nous décrit sa façon de vivre l’expérience. Il était à la recherche d’un nouvel espace poétique, celui de la linguistique nominataire. En effet, rien ne saurait sauter la case de la déformation, « pas même les noms ». Il nous fait donc un répertoire de toponyme, pour pouvoir y piocher du poétique, et s’autorise à en faire de nouveaux mots, les chargeant de leur propre histoire. Il conclut en confirmant sa volonté de continuer son répertoire et nous conte une anecdote hongroise, prouvant par là que la toponymie n’a pas de frontière, peu importe la langue.
Tout au long de ce quatrième chemin, Karelle Ménine nous emmène dans ses errances et rêveries, voguant de-ci, de-là, jouant avec les métaphores, contant des anecdotes plus poétiques les unes que les autres. Afin de magnifier sa flânerie, elle joue de l’anaphore et déraisonne sur sa vision philosophique du lieu-dit. Peu importe la forme, peu importent les divagations et peu importent les mots, Karelle Ménine nous transmet avec brio son plaisir de voyager sur ces chemins.
Dernier chemin, mais non des moindres : celui de Stéphane Gendron. Plutôt que nous donner un point de vue personnel, ce toponymiste a choisi de faire parler les habitants, parce que nul ne peut parler mieux d’un lieu que celui qui y vit et qui se souvient. Qu’il décrive une bourgade ou simplement une parcelle isolée, Stéphane Gendron s’attache, de façon systématique, à nous relater ce qu’en disent les témoins. Il nous décrit sa manière de procéder pour chaque interview, ses méthodes et l’enregistrement. Avec le trait d’un journaliste, Stéphane Gendron rassemble les noms attribués aux parcelles par thème et, qu’il soit fonction de son propriétaire, de son histoire ou de sa situation, chacun est sujet au témoignage, comme démonstration de poids. On a l’impression que le texte prend vie sous nos yeux : voir ces personnes raviver leurs souvenirs enveloppe le lecteur dans la bulle que Stéphane gendron s’est créée au cours des interviews.
Au final, Chemin des lieux-dits est non seulement un recueil des noms de parcelles de terrains de nos contrées, mais aussi et surtout la rencontre de divers univers, chacun à sa façon poétique, qui emmènent le lecteur sur ces chemins de campagne où le temps ne semble pas avoir de prise.



Recettes de la Voie romaine

Recettes de la Voie romaine
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de Magali Ballet et Gérard Laplace,
À pierre vue
(Collection « La géraphie »), 2006,
24 pages, ISBN : 2-9526052-0-3.

Jamais livre ordinaire ne sort de La Cheirade. C’est à nouveau un petit ouvrage attachant, drôle, sensible et érudit que nous donne l’association À pierre vue avec ces Recettes de la Voie romaine. Nous y voyons le fruit d’un vagabondage intelligent. C’est en effet en vagabondant, saison après saison, au sein des paysages creusois, que Gérard Laplace trouve les plantes qu’il nous propose de cuisiner. Vagabondage doublé d’une lecture attentive des travaux récents d’archéologie et de botanique, et agrémenté d’une plongée sensible dans la mémoire de la cuisine familiale.
Finalement, le livret est d’une lecture des plus agréables. Magali Ballet y montre quatre photos de quatre chemins creux ou plats, on pourra à loisir s’essayer aux quatre recettes proposées en pages centrales et lire avec délice la prose toujours étonnante de Gérard Laplace.